Le Journal Lève-Tôt

17 février 2020

Diogène

diogène

Je suis trop différent de Diogène. Là, tout de suite, je le considère comme une vraie merde. Il me rabaisse en permanence, me traite comme un handicapé. Il minimise tout ce que je fais de correct et grossit tout ce que je rate. Cela depuis toujours : petit, déjà, il avait du pouvoir sur moi, et il en profitait à fond.

Je me fous de ce connard qui se survalorise. Il m'handicapifie, me puïfie, me crassifie, tranquillement, naturellement, banalement. Si je n'étais pas retenu par d'autres, par une situation sociale qui m'en empêche, je couperais les ponts avec lui ; je lui ferais payer les conséquences du fait qu'il m'a toujours rabaissé. 

Le pire à propos de ce connard, c'est que je ne pourrais jamais me sentir sereinement moi-même dans toute situation l'impliquant. Dans mes contextes fantasmés, j'ai une estime personnelle normale, et celle-ci m'apparaît incompatible avec la présence de Diogène. D'une certaine façon, c'est comme s'il planait comme une ombre sur toutes mes pensées, toutes mes ambitions possibles ; il bloque ma volonté de construction comme un boulet de démolition intégré. Tout ce qui, de moi-même, me paraît bien à mes propres yeux, me paraît faible et nul sous son joug diminuant.    

Diogène se bellifie en permanence ; insidieusement et subtilement, il me mochifie sans honte. 

Dans tous mes fantasmes familiaux, le regard de Diogène me défait de la place que je crois être la mienne, celle qui reconnaît ma simple valeur d'être humain égal aux autres. 

Même lorsque j'envisage mon émergence dans l'éternité, j'ai le sentiment que, par son éternel rôle à mon égard, il m'en destitue. 

Il faudrait que je me construise dans des distances écrasant son poids, que je sois d'une autre ville, d'un autre pays, ou d'un autre continent. Mais même en ce cas, peut-être que Diogène serait là. 

Ce que je voudrais vraiment, ici, c'est réussir des choses et qu'il n'en voit rien, n'en sache rien. Qu'il me comprenne loin, et saisisse en cela combien je l'emmerde. 

Posté par SexyToon à 16:06 - Permalien [#]